La méthode

Vingt minutes, écrites minute par minute

Une séance n'est pas un cours suivi d'un exercice. C'est huit minutes d'entrée et dix minutes de sortie, dans cet ordre, tous les jours. Le reste de cette page décrit ce qui se passe vraiment à l'écran, et les trois règles données à Emma — celles qui séparent ce produit d'une conversation avec une IA généraliste.

Règle 1 — le temps de parole

Les quatre temps d'une séance

Le déroulé ne change jamais, de la séance 1 à la séance 60. Tu sais toujours où tu en es, et tu n'as jamais à choisir quoi faire — un choix de plus, c'est une séance de moins.

  1. 01

    Découvrir3 min

    Trois phrases modèles, une dizaine de mots, un son, un piège.

    Tout se touche pour l'entendre. Les mots et les phrases sont lus au ralenti ; les exemples du son du jour, eux, sont dits à vitesse normale, parce que c'est à cette vitesse-là que tu devras les reconnaître. Tu n'as rien à noter et rien à retenir : ces mots reviennent pendant les dix-sept minutes suivantes.

  2. 02

    S'entraîner5 min

    Quatre phrases en français. À toi de les dire en anglais, au micro.

    La transcription s'affiche sous ta phrase. Ce n'est pas ce que tu croyais dire, c'est ce qui est sorti de ta bouche — la différence entre les deux est le vrai sujet de la séance. Tu refais autant de fois que tu veux avant de passer à la suivante ; personne ne compte les essais.

  3. 03

    Parler10 min

    Une conversation, sans script, sur la situation du jour.

    Emma ouvre. Selon la séance elle est serveuse, agent sur un quai de gare, standard d'entreprise ou cliente mécontente. Tu réponds au micro, elle répond à voix haute, et elle finit toujours par une question — donc la balle te revient toujours. Si tu bloques, elle te tend une phrase en français. Une phrase, pas un cours.

  4. 04

    Bilan2 min

    Le nombre de mots que tu as prononcés, et tes fautes.

    C'est le seul moment où l'on te corrige. Chaque faute s'affiche en deux lignes : ce que tu as dit, la forme juste, et une explication courte. Puis elle part dans ta file de révision.

Pourquoi la moitié du temps t'appartient

Découvrir et s'entraîner, c'est huit minutes où tu reçois. Parler, c'est dix minutes où tu produis. Une application qui inverse ce rapport te fait progresser en compréhension et te laisse muet — c'est exactement ce qui t'est déjà arrivé pendant sept ans.

À la fin de la séance, la base n'enregistre que deux nombres : les mots que tu as prononcés et les secondes passées. Pas de score, pas de série à ne pas casser, pas de niveau à débloquer. Si ces deux nombres montent, le produit fait son travail ; sinon, aucun badge ne le rattrapera.

Règle 2 — la reformulation

Emma ne corrige jamais dans ce qu'elle dit

Une correction au milieu d'une phrase coûte trois choses : tu t'arrêtes, tu perds ton idée, et tu prends l'habitude de ne parler que si tu es sûr. Emma a l'interdiction formelle de le faire. À la place, elle redit ta phrase correctement, en passant, comme n'importe quel interlocuteur bienveillant.

Ce que fait une application de langue

Toi —I am learning English since two months.

L'appli —Attention : on dit for, pas since, et il faut le present perfect.

Tu as appris quelque chose de juste. Et tu as arrêté de parler.

Ce que fait Emma

Toi —I am learning English since two months.

Emma —Nice! You've been learning English for two months. Do you like it?

La forme juste est passée dans sa réponse, et la question te renvoie la parole. Tu n'as pas été repris, tu as été entendu.

Où va la faute, alors

Emma ne répond pas par du texte, mais par un objet à deux tiroirs. Le premier contient ce qu'elle dit à voix haute. Le second contient les corrections : la forme fautive, la forme juste, une explication courte en français, et le type de faute — grammaire, vocabulaire, prononciation ou calque. Seul le premier tiroir est lu par la voix.

Elle en garde quatre au maximum par tour de parole. Une liste de douze fautes après une phrase de six mots ne sert personne, et surtout elle décourage. Le reste attend le bilan, puis la file de révision.

Règle 3 — la répétition espacée

Tu ne révises que tes fautes à toi

Aucune liste générique, aucun paquet de cartes tout fait. Chaque correction relevée pendant une conversation devient une ligne datée dans ta file, et remonte en tête de ton parcours le jour dit. Une faute que tu ne commets pas ne t'est jamais présentée.

Jour 0
Tu dis la phrase fautive pendant la conversation.Emma reformule sans te reprendre. La ligne entre dans ta file.
J+1
Première révision : la paire s'affiche en tête de ton parcours.Rejouée juste, la prochaine passe à trois jours.
J+3
Deuxième révision.Rejouée juste : sept jours.
J+7
Troisième révision.Rejouée juste : quinze jours.
J+15
Quatrième révision.Rejouée juste : la faute est classée acquise et ne revient plus.

L'intervalle ne double pas tout à fait : il double et prend un jour de plus. Un jour, puis trois, puis sept, puis quinze. Quatre réussites suffisent à sortir une faute de la file ; au-delà, l'écart est plafonné à soixante jours, pour qu'une vieille faute ne disparaisse jamais complètement de l'horizon.

Un échec remet tout à zéro : retour à demain, et la faute cesse d'être comptée comme acquise. Cinq fautes au maximum te sont proposées à la fois, les plus en retard d'abord — une session de révision ne doit pas ressembler à une punition. Et si tu répètes la même faute trois fois dans la même soirée, elle ne crée qu'une seule ligne.

La conséquence est à dire franchement : cette file ne contient que ce que tu as raté en parlant. Les jours où tu ne parles pas, elle n'apprend rien de toi.

Le vocabulaire

Elle n'a pas le droit d'employer un mot que tu n'as pas vu

Avant chaque tour de parole, on construit la liste de tout ce que tu as rencontré depuis la première séance — mots et patrons de phrase, cumulés — et on l'envoie à Emma comme seule réserve autorisée. Le parcours contient 580 mots au total. En séance 1, elle en a huit, et trois patrons de phrase.

Séance 1 — sa réserve entière

hello, hi, my, name, I'm, nice, to meet you, and you? — puis Hello, I'm ___., My name is ___., Nice to meet you.

Emma —Hello! I'm Emma. And you?

Une IA sans bride aurait répondu Delighted to make your acquaintance — whereabouts are you based? Tu aurais compris que tu ne comprenais pas, et fermé l'onglet.

La longueur est bridée aussi, et elle se desserre avec toi : six mots par phrase les deux premières semaines, dix jusqu'à la cinquième, douze ensuite. Deux autres consignes tiennent tout le reste : finir chaque tour par une question, et ne jamais faire de leçon de grammaire — aucune liste, aucun tableau, une conversation.

L'oreille

La transcription est forcée en anglais, et ce détail change tout

Ton micro envoie l'audio à un modèle de reconnaissance qui tourne sur notre machine. Par défaut, ce genre de modèle devine d'abord la langue parlée. C'est précisément ce qu'il ne faut pas faire ici.

Un débutant francophone parle anglais avec une bouche française. Laissé libre, le modèle entend cet accent, conclut qu'on lui parle français, et écrit une phrase française plausible. Ton erreur d'anglais disparaît dans la traduction : Emma ne la voit pas, ton bilan est vide, et tu repars persuadé que tout allait bien.

On lui interdit donc ce choix : la langue est imposée à l'anglais, à chaque envoi. Le modèle est obligé d'écrire de l'anglais — le tien, avec ses défauts. C'est la condition pour que la chaîne entière fonctionne : sans faute visible, pas de correction, pas de ligne de révision, pas de progrès mesurable.

Il faut dire la limite en même temps : un modèle de transcription répare un peu ce qu'il entend, parce qu'il devine les mots probables. Il ne note pas ton accent et ne prétend pas le faire. Ce qu'il garantit, c'est que ta grammaire et tes calques arrivent intacts jusqu'à Emma.

La voix

Ralentie de 25 %, sauf quand ça compte

Emma parle avec une voix américaine, à un débit réduit d'un quart. Le débit normal d'un anglophone est inutilisable pour un débutant : tu entends un bloc, pas des mots. Tout ce qu'elle dit, et tous les mots de la séance, passent à cette vitesse.

Une exception : les exemples du son du jour sont dits à vitesse réelle. C'est là que se joue la différence entre ship et sheep, ou entre thirteen et thirty — ralentis, ces couples deviennent faciles, et l'exercice ne veut plus rien dire.

Les sons et les calques visés séance par séance sont listés sur la page écrit pour une bouche française. Les questions qu'on nous pose le plus souvent sont dans la FAQ.